Caminante, no hay camino, se hace camino al andar

29 août 2013

Le Chemin se fait en marchant

Besoin d'un nouveau départ.

"Si l'endroit où tu te trouves ne te plaît pas, tu peux en changer. Tu n'es pas un arbre". 

(Mais parfois j'aimerais bien quand même).

Retrouvez-moi par ici.

 

Posté par lilithiana à 20:24 - Commentaires [0] - Permalien [#]

16 août 2013

Une Histoire de Moulins à Vent, de cadrans solaires et d'un Etat qui se croyait légitime

Je suis retournée à Madrid cet été. N'y étant pas allée depuis presque 15 ans, j'appréhendais les retrouvailles avec la famille et la situation sociale du pays. Si pour le premier point ce fut un plaisir de revoir les miens, le deuxième s'est révélé pire que dans mes moments d'angoisse.

Bien sûr, un touriste n'est pas inquiété outre mesure, et malgré quelques expressions visibles de privatisation des biens publics et des coupes budgétaires, et s'il vous est possible de ne pas voir l'aspect humain dans le pays, vous pouvez très bien ne vous rendre compte de rien. 

Sauf que... Les gens, eux, parlent. Il suffit de prononcer le mot “crise” et les langues se délient à une vitesse fulgurante. Du cousin employé chez Bankia, dont les heures de travail sont passées de 9h-15h à 8h-20h sans augmentation de salaire (il faut bien faire le boulot une fois que des milliers de gens ont été virés !) à la caissière de chez Alcampo, à qui l'on a baissé le salaire ; du réceptionniste de l'hôtel, aux patrons de magasins indépendants qui, le feu dans les yeux, vous disent qu'il faut à l'Espagne une prise de la Bastille et fissa ; du serveur de café qui doit aller réclamer le salaire de misère qu'il a durement gagné pour payer son loyer au concierge de l'immeuble qui voudrait sortir avec une mitraillette et pendre haut et court les profiteurs de la misère humaine, en passant par les restaurateurs pris à la gorge ; tous, sans exception, qu'ils soient libraires, étudiants, chômeurs, retraités ou garçons de café, tous, sont parfaitement conscients de ce qui se joue chez eux, dans un contexte où les grandes entreprises et les banques continuent de faire des milliards de profits chaque année mais licencient quand même. 

La réalité vous rattrape durement quand, assise à une terrasse avec une paella sous le nez, un homme d'une trentaine d'années vient vous demander la permission de manger un bout de pain dans votre corbeille. Le coeur en lambeaux, vous lui dites de prendre ce qui reste, et l'indignation que vous aviez laissée à l'entrée du musée pour profiter de ce moment revient en force. 

Partout, le peuple fragmenté se protège. Des gens fouillent les poubelles à tous les coins de rue, vêtus parfois d'un costume-cravate ou de vêtements de marque, achetés sans doute quand on a fait croire à l'Espagne que le salut était dans la bulle du crédit.

Loin de moi l'idée de faire du misérabilisme ; le contexte sociologique n'est guère surprenant, mais n'en est pas moins douloureux. Tout ceci a une cause. Les politiques d'austérité appliquées en Espagne, les privatisations des biens publics, de la santé, de l'éducation, de tout ce qui est vendable pour rembourser la sacro-sainte dette, ont plongé le pays dans le chaos. Tous les pays où le processus d'austérité a été engagé se sont retrouvés avec une dette qui a explosé depuis le début de ces politiques.

La colère est d'autant plus marquée que d'innombrables affaires de corruption viennent parachever le dégoût des citoyens espagnols envers l'Etat. L'Etat non légitime, monarchie héritière d'une dictature arrivée au pouvoir par un coup d'état de l'extrême-droite, se tient debout on ne sait comment. Le sentiment républicain semble renaître. Après tout, la dernière fois que l'on a posé la question aux Espagnols, en 1931, ils avaient voté pour la République et sa constitution, inspirée des Lumières et de la Révolution Française. La monarchie n'a pas plus de légitimité démocratique que ne l'avait la dictature de Franco. On a laissé le peuple en dehors de l'affaire, et comme d'habitude, c'est sur lui que le désastre retombe en premier. Et là-dedans, on a des ministres qui se goinfrent (du PS à la droite la plus conservatrice) sans vergogne, se gorgeant d'un argent qui selon leurs dires n'existe pas. Quand j'y étais, le premier ministre Mariano Rajoy devait venir s'expliquer des affaires qui remontent jusqu'à lui devant le Parlement. Son “mea culpa” ne fut que de façade, puisque le seul tort qu'il se reconnaît, dans son plaidoyer larmoyant, c'est “de mal choisir ses amis”. Pauvre homme. Comme j'eus aimé qu'il dise : "tout l'argent détourné dont j'ai profité, je vais le rembourser, et démissionner, parce que je ne suis pas digne d'être un représentant du peuple." !

 Ce qui m'a frappée, c'est le ras-le-bol de tous ceux auprès de qui j'ai tendu l'oreille. Mais il y a là-dedans un réalisme teinté de résignation, parce qu'il faut bien survivre ! Tout ceci est accentué par la peur de la police et de l'appareil étatique, réminiscence de la terreur exercée pendant 40 ans par la dictature franquiste.

Et puis j'ai appris que les manifestations étaient interdites en Espagne. Enfin, pas tout à fait : les organisateurs d'une manifestation doivent faire parvenir au préfet de police (enfin son équivalent) une demande d'autorisation à manifester (alors que la Constitution garantit ce droit), et la police se réserve le droit de décider de l'accorder ou non. Guess what ? La plupart du temps, la réponse est non. Outre que la police en Espagne est fichtrement plus violente qu'en France (c'est du tabassage en règle), ce qui bloque donc nombre de gens (et on ne peut les blâmer), s'organisent donc des “concentrations” - on se rassemble à un endroit, on fait du bruit et on ne bouge pas. Vous noterez que ce type de répression a conduit l'Espagne à innover sur le plan du militantisme, avec son mouvement 15M (aussi connu sous le nom de Mouvement des Indignés) qui a inspiré des Occupy à travers le monde, où les manifestants se rassemblaient sur la place historique de la Puerta del Sol. A quelque chose malheur est bon, paraît-il. Ceci dit, vous noterez que les réductions budgétaires n'affectent pas le système de répression, puisque le budget de la police anti-émeutes a été, il y a quelques semaines, augmenté de 1900% (non, il n'y a pas d'erreur dans les zéros). 15M avaient appelé à une concentration, et j'ai pu avec effroi constater qu'il y avait plus de policiers que de manifestants – et lever les yeux au ciel m'a permis de voir aussi des hélicoptères de la police patrouillant. Décidément, le gouvernement de corrompus craint sévèrement son peuple, c'est le moins qu'on puisse dire.

La Puerta del Sol : parlons-en justement. Construite à l'époque médiévale, elle était, à l'origine, le lieu où se trouvait la porte (précisément) qui vous permettait de sortir ou d'entrer dans Madrid. La référence au soleil vient du cadran solaire qui l'ornait. Ce que je m'apprête à vous dire est ce qui m'aura causé l'un des plus gros chocs du séjour, et ça n'est pas peu dire vu le contexte.

Je regardais le plan du métro, à la recherche du meilleur trajet pour me rendre je ne sais plus où, quand mon regard tomba sur la station de métro de la Puerta del Sol. Ou plutôt devrais-je dire : Vodafone Sol. Vous avez bien lu. Moi j'ai cru avoir la berlue. C'est bien Vodafone qui rachète les lieux publics. Quand j'y suis allée, il y avait sur la place un écran géant diffusant des images publicitaires pour l'opérateur de télécommunications.

Après la privatisation des biens publics “non physiques” (santé, éducation, services à la personne), des lieux historiques sont mis sur le marché. C'est non seulement lamentable, c'est aussi la porte ouverte à toutes sortes de déviances – puisque les compagnies privées sont responsables des lieux qu'ils possèdent, ils sont aussi responsables de la sécurité, de la rénovation, etc etc. Quand tout ceci dépend d'entreprises privées, cela implique qu'ils ne dépendent plus des citoyens comme collectif, et que donc, toute émanation de la volonté populaire sera impuissante face à tout ce qui relève du privé. L'Etat est assez bête, en Espagne comme ailleurs, pour orchestrer avec entrain son désengagement de tout ce qui NOUS appartient : les hôpitaux ne sont pas la propriété du gouvernement, pas plus que les écoles, les transports ou les lieux publics, ils nous appartiennent, à nous tous ! Et ces fous du gouvernement, qui ne représentent qu'eux-mêmes et leur classe de puissants, vendent ce qui NOUS appartient à des intérêts de multinationales. Qu'on vienne me dire encore une fois que je suis utopique : la dystopie, elle, est déjà là.

Posté par lilithiana à 17:18 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,

09 août 2013

Mes Chimères

Retour au clavier après une longue période d'absence – encore !

Revenir à l'écriture après des semaines où l'on n'a guère tracé que quelques lignes sur les pages d'un carnet vous procure une certaine angoisse. Plus l'on attend, plus l'on accumule de coups de gueule ou de cœur à relater, et puis au final on ne fait rien. Parce qu'écrire, c'est comme la musique, si l'on ne pratique pas, s'y remettre devient de plus en plus difficile, un peu par peur de ne plus être capable d'exprimer ce que le cœur nous dicte, un peu par paresse intellectuelle - « puisqu'il y a tant de choses à dire et que mon instinct ne peut établir une hiérarchie de priorités, alors autant ne rien faire ».

Je me prends à regarder l'ordinateur comme je regarde les guitares ; ou plutôt, ce sont eux qui me lancent des coups d'oeil désapprobateurs, je le sais bien. L'étrange appel du matériel, pas comme un but en soi, mais pour ce qu'ils offrent comme possibilités créatrices et expressives : et voilà les guitares, disciplinées, immobiles, qui pourtant se mettent à faire plus de vacarme quand je ne les ai pas en main, et le crayon, ou le clavier, c'est selon, qui murmurent des choses sur mon inconsistance. 

« Quand tout paraît démesuré pour le cœur d'un être si petit, quand l'effervescence de l'esprit troublé se fait insupportable, quand tout se mêle et s'entremêle, quand les yeux, derrière le voile, ne distinguent plus rien que la brume, quand le tumulte se fait encore plus assommant dans notre silence, quand le trop-plein de fièvre et de frisson ne trouve plus le déversoir, c'est nous, les inventions les plus folles de l'intelligence humaine, qui ferons sens ! Nous sommes le fruit des passions qui ne se contiennent plus, de la synthèse du cœur et de la raison. C'est l'art, cri organique de la condition humaine, de son angoisse existentielle, de ses aspirations et ses coups d'éclats, l'Art, à la fois outil de l'expression, vecteur de l'indicible, l'Art, l'ultime maître des lieux : remets-t'en à la sagesse du démiurge, ou, l'Angst, ce monstre avide, dévorera la force créatrice qui cherche à s'affirmer. »

Les outils qui me rappellent à l'effort, et mes sens qui se murent dans l'abnégation ne résistent plus à leurs sages paroles. Le besoin d'extériorisation à travers un outil que j'ai appris – que j'apprends toujours ! - à connaître (très humblement) se fait si fort qu'au final la peur de la confrontation avec soi, avec ce qu'on ne sait plus faire, se tait devant l'instinct, et les barrières cèdent. Et me voilà deux heures plus tard, le Spleen qui me submerge et l'Idéal qui chante encore, totalement absorbée par un orage intérieur qui ne demande qu'à foudroyer son petit monde.

P1130907-2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C'est promis, du contenu très bientôt.

Crédit photo : Tatiana J. (2013) - si j'ai un plaisir bien étrange, c'est celui de passer des heures à regarder les papillons. Photo prise dans les bois de Mousehold Heath, un coin de forêt qui reste de la mystérieuse Forêt de Sherwood. Je n'y ai toutefois pas encore trouvé trace de Robin des Bois.

Posté par lilithiana à 12:47 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

06 août 2013

Une Histoire d'Amour Compliquée

Une petite BD qui m'a touchée, ce matin... Avant de reprendre mon boulot derrière le clavier. Source 

Picture 1

Picture 2

Picture 3

Picture 4

Picture 5

Picture 6

Posté par lilithiana à 09:21 - - Commentaires [4] - Permalien [#]

09 juin 2013

En parlant de "fascisme"...

935687_260536200756222_92477045_n

 

... Matière à réflexion. Puisqu'il semble que beaucoup aient oublié les racines de l'extrême-droite et leur essence profonde. L'extrême-droite, ça n'est pas le fascisme. Le fascisme est une des formes que peut prendre l'extrême-droite. Sorti tout droit de l'esprit d'un illuminé plein de haine (là où, puisqu'on m'oppose sans arrêt cette ânerie selon laquelle communisme=dictature - alors que je ne suis même pas membre du Parti Communiste mais passons - le communisme est sorti de la réflexion d'un intellectuel, un économiste. Karl Marx, c'est pas l'agité du bocal qu'était Mussolini voyez-vous), le fascisme n'est pourtant pas la seule forme que l'extrême-droite peut prendre - l'organisation corporatiste pensée comme un système n'ayant pas forcément été inventée avant la théorisation du fascisme comme concept. Ceux d'aujourd'hui, cependant, méritent toujours le qualificatif de "fascistes", ou plutôt de "néofascistes", trouvant leurs racines idéologiques dans le fascisme italien ou ses dérivés des années trente, ou en s'inscrivant dans leur continuité. Bref, même si l'on semble aimer oublier les moments peu glorieux de notre histoire, il y a encore des fascistes au tournant. L'extrait suivant est une analyse de la situation dans laquelle le fascisme est capable de proliférer comme la peste. 1932. Savourez, c'est du Trotsky.

"La social-démocratie, aujourd'hui principale représentante du régime parlementaire bourgeois, s'appuie sur les ouvriers. Le fascisme s'appuie sur la petite bourgeoisie. La social-démocratie ne peut avoir d'influence sans organisation ouvrière de masse. Le fascisme ne peut instaurer son pouvoir qu'une fois les organisations ouvrières détruites. Le parlement est l'arène principale de la social-démocratie. Le système fasciste est fondé sur la destruction du parlementarisme. Pour la bourgeoisie monopoliste, les régimes parlementaire et fasciste ne sont que les différents instruments de sa domination : elle a recours à l'un ou à l'autre selon les conditions historiques. Mais pour la social-démocratie comme pour le fascisme, le choix de l'un ou de l'autre instrument a une signification indépendante, bien plus, c'est pour eux une question de vie ou de mort politique.

Le régime fasciste voit son tour arriver lorsque les moyens "normaux", militaires et policiers de la dictature bourgeoise, avec leur couverture parlementaire, ne suffisent pas pour maintenir la société en équilibre. A travers les agents du fascisme, le capital met en mouvement les masses de la petite bourgeoisie enragée, les bandes des lumpen-prolétaires déclassés et démoralisés, tous ces innombrables êtres humains que le capital financier a lui-même plongés dans la rage et le désespoir. La bourgeoisie exige du fascisme un travail achevé : puisqu'elle a admis les méthodes de la guerre civile, elle veut avoir le calme pour de longues années. Et les agents du fascisme utilisant la petite bourgeoisie comme bélier et détruisant tous les obstacles sur leur chemin, mèneront leur travail à bonne fin. La victoire du fascisme aboutit à ce que le capital financier saisit directement dans ses tenailles d'acier tous les organes et institutions de domination, de direction et d'éducation : l'appareil d'Etat avec l'armée, les municipalités, les universités, les écoles, la presse, les organisations syndicales, les coopératives. La fascisation de l'Etat n'implique pas seulement la "mussolinisation" des formes et des méthodes de gouvernement - dans ce domaine les changements jouent en fin de compte un rôle secondaire - mais avant tout et surtout, l'écrasement des organisations ouvrières : il faut réduire le prolétariat à un état d'apathie complète et créer un réseau d'institutions pénétrant profondément dans les masses, pour faire obstacle à toute cristallisation indépendante du prolétariat. C'est précisément en cela que réside l'essence du régime fasciste.

Ce qui vient d'être dit ne contredit en rien le fait qu'il puisse exister durant une période déterminée un régime de transition entre le système démocratique et le système fasciste, combinant les traits de l'un et de l'autre : telle est la loi générale du remplacement d'un système par un autre, même s'ils sont irréductiblement hostiles l'un à l'autre. Il y a des moments où la bourgeoisie s'appuie sur la social-démocratie et sur le fascisme, c'est-à-dire qu'elle utilise simultanément ses agents conciliateurs et ses agents terroristes. Tel était, dans un certain sens, le gouvernement de Kérensky pendant les derniers mois de son existence : il s'appuyait à moitié sur les Soviets et en même temps conspirait avec Kornilov. Tel est le gouvernement de Brüning dansant sur une corde raide entre les deux camps irréductibles, avec le balancier des décrets d'exception dans les mains. Mais une telle situation de l'Etat et du gouvernement ne peut avoir qu'un caractère temporaire. Elle est caractéristique de la période de transition : la social-démocratie est sur le point de voir expirer sa mission, alors que ni le communisme ni le fascisme ne sont encore prêts à s'emparer du pouvoir."

Léon Bronstein dit Trotsky, janvier 1932.

7245_372923569474847_2094097253_n

Posté par lilithiana à 21:38 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

07 juin 2013

Le Fascisme tue. Encore.

Le lâche assassinat de Clément Méric par un groupe de fascistesn'en finit plus de donner des occasions à la presse d'assimiler, de renvoyer dos à dos l'extrême-droite et ce qu'ils appellent "l'extrême-gauche".

61314-004-2E52A55E

Tout ce que je peux lire ou voir sur le sujet dans les médias ne sont que des récits grossiers, galvaudés, tordus, par des journaux ou des chaînes de télévision qui ne savent que faire devant les terribles conséquences de leur acharnement à crédibiliser l'extrême-droite. Tâchons de déconstruire un peu le discours.

(Ci-contre : affiche de la guerre civile espagnole, "Gauche républicaine à l'avant-garde contre le fascisme international")

Clément Méric n'était pas un "militant d'extrême-gauche", comme aiment à l'appeler les chiens de médiacrates, les experts qui savent toujours tout. Il était impliqué dans un collectif antifasciste, ce qui n'est pas exactement la même chose. Proche du Front de Gauche (qui n'est pas d'extrême-gauche, l'extrême-gauche c'est le NPA, Lutte Ouvrière - le Front de Gauche est moins à gauche que la SFIO des années 30 si l'on va par là mais je m'égare), un mec réservé, ouvert aux points de vue différents du sien, d'après ses camarades de promo et ses profs de Science-Po, il n'avait rien du cliché du punk à chiens qui cherche à casser du faf, mais était plutôt quelqu'un de discret, respectant les opinions des autres. Impliqué dans son combat contre le fascisme (et, au vu de l'augmentation des "ratonnades" et des attaques en bande de l'extrême-droite ces dernières années, peut-on le blâmer de vouloir que celacesse ?), certes, mais voyez-vous, à gauche, on a tendance à combattre sur le terrain des idées. On tend à penser que c'est avec son cerveau qu'on combat des idées nauséabondes, la violence physique ne résolvant rien. Avez-vous déjà entendu des affaires telles, où des "militants d'extrême-gauche" se coalisent en meute, à 4, 5, 10, et vont tabasser un fasciste ? Les agressions physiques de la gauche sur l'extrême-droite sont-elles monnaie courante ? Non. Par contre, les agressions de l'extrême-droite sur des "gauchistes", elles, sont légion. Et ce, depuis plusieurs années. Ils se mettent en bande, déboulent dans un bar gay pour aller casser de l'homosexuel sur la base de sa sexualité (cf. Lille, il y a quelques semaines), ou suivent des camarades qui ont le malheur d'être impliqués politiquement, ne cherchent pas la violence ni l'affrontement, jusque chez eux pour lui éclater la tête (dans ma ville natale, Nancy). Et bien sûr, ça n'est jamais un combat à la loyale. Le courage et l'honneur, que pourtant ils revendiquent, ne font pas partie de leur mode de pensée. Le courage, c'est d'arriver à 4 avec des poings américains et des rangeos et d'éclater la tronche d'un gamin de 19 ans qui pèse 60 kilos (Clément Méric sortait d'une leucémie et était végétalien, pas exactement une machine de guerrilla urbaine...) ? C'est ça, l'honneur de l'extrême-droite ? Même pas les cojones d'un combat qui ne ressemble pas à un massacre savamment organisé, un meurtre avec préméditation ? Quel honneur ! Quel courage, en effet ! Ils défendent la France, disent-ils, et voilà donc l'image qu'ils en donnent : celle d'un pays complètement abruti par des idées simplistes, prompt à aller physiquement agresser ceux qui ne pensent pas comme eux. Il faut dire, en général, le crâne rasé de ces skins est aussi vide d'intelligence que plein de haine. Incapables d'en remontrer intellectuellement à des camarades qui les attaquent sur le terrain des idées, ils sortent les muscles et les barres à mine et vont catharsiser leurs frustrations d'être des gros cons pleins de haine sur des gamins qui ne pourront pas riposter du fait de leur physionomie. Plutôt que de débattre, on préfère faire taire les autres à coups de gros bras et de rangeos dans la gueule. C'est bien, comme attitude, digne d'un pays civilisé et uni ! 

Hier, la nausée m'a submergée lorsque j'ai vu, sur la page Facebook des Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires (le groupe d'extrême-droite dont étaient issus les lâches qui ont assassiné Clément Méric), leur statut : "Et ce n'est que le premier... Gauchistes, on vous aura tous jusqu'au dernier", au-dessus d'un lien vers l'article de presse racontant le terrible drame dont ils sont responsables. Et que fait Manuel Valls, si prompt à aller chercher les gamins roms à la sortie des écoles ? Que fait le Premier Ministre, qui impose à notre pays une politique qui crée de la misère et fait pulluler cette peste brune ? Où sont-ils, les grands intelligents des médias, qui à coups de distortion sémantique mettent un signe égal entre extrême-gauche et extrême-droite ? Ceux qui parent Madame Le Pen d'atours princiers, donnent à ses thèses des brevets de respectabilité à tout-va ? Tout ceci à une cause ! A banaliser certains discours, comment s'étonner que des esprits faibles passent à l'acte ?

civilwar58

Ces agités du bocal n'ont encore pas compris que l'on ne réduit pas des idées au silence par la violence. "Ami, si tu tombes, un ami sort de l'ombre à ta place". Ces lignes du Chant des Partisans - hymne de la Résistance, ces "gauchistes" qui combattirent la barbarie nazie au prix de leur vie - résonneront toujours dans l'esprit de ceux qui n'acceptent pas de céder à la peur. Hier, c'est 15 000 amis qui sortirent de l'ombre pour dire leur tristesse et leur indignation, et montrer que les menaces ne réduiront pas ceux qui se battent pour une juste cause au silence. 

Hier j'ai entendu l'héritière de Montretout clamer que le FN n'avait rien à voir avec ces groupes extrémistes. Je vous retranscris ici un commentaire posté par un ami (qui se reconnaîtra, mais j'aimerais autant lui éviter de se faire repérer par les fachos, dans ces temps incertains on n'est sûr de rien - s'il veut que je publie son nom, sans problème :) ) sur le sujet :

"Suite à l’agression qui a conduit hier soir à la mort cérébrale de Clément Méric, j’ai décidé de mener aujourd’hui une petite enquête pour démêler le vrai du faux, notamment pour comprendre si Marine Le Pen était vraiment étrangère à ce fait divers tragique et barbare. Elle affirmait en effet ce matin, au micro de RTL, que son parti n’avait aucun rapport avec cette affaire. J’aurais bien voulu la croire, le problème c’est que des faits la contredisent. Même si elle l’a déjà nié, elle connait bien, pour l’avoir rencontré à plusieurs reprises, un certain Serge Ayoub, le fondateur des Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires, mouvement d’extrême-droite dont sont issus les excités qui ont violenté le jeune militant de 19 ans. Ce même Serge Ayoub déclarait dans un documentaire de Canal+ : « la violence est un moyen d’expression ». De plus, l’un des skinheads qui accompagnaient celui qui a mis à mort Clément Méric avait un tee-shirt du Front National. Qui peut encore être dupe ? Le FN sous Marine Le Pen a beau vouloir faire semblant de se dédiaboliser, le cœur de son corpus idéologique reste pétri de haine contre certaines catégories de la population envers lesquelles la violence devient légitime et encouragée. De plus, comme l’a justement relevé Pierre Bergé, Frigide Barjot qui, lors de la Manif pour tous, avait « promis du sang », a finalement récolté la tempête en voulant semer le vent. Elle aussi a une part de responsabilité dans l’éveil récent de divers mouvements extrémistes échaudés par la réforme ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe. Sa responsabilité ne tient pas tant à sa manifestation qu’à la relative tolérance qu’elle a affiché envers les groupuscules radicaux et violents. Le Front de Gauche, ainsi que les autres mouvements politiques et associations qui demandent la dissolution des Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires, se rapprochent de la volonté qu’avait Manuel Valls de dissoudre le Printemps français. Hélas, de telles mesures me sembleraient inappropriées, en ce sens qu’elles ne supprimeraient pas le mal, car les membres de tous ces mouvements entreraient alors dans une clandestinité totale ou partielle, ce qui rendrait, à mon avis, plus difficile encore la tentative de les retrouver afin de mieux les connaître et de combattre leur idéologie nauséabonde…".


J'ai un point de désaccord avec cette intervention - je crois que la dissolution est essentielle. Ceci dit, l'argument de la clandestinité est tout à fait justifié, et leur enlever leur existence officielle ne ferait que leur donner du grain à moudre, et leur permettrait, de plus, de se poser en victimes, alors qu'ils ne sont rien de moins que les coupables. Ces idéologies sont promues par un système politique qui préfèrera toujours l'extrême-droite à la gauche, parce que l'extrême-droite est bel et bien son meilleur garant. Ce furent les corporations globalisées qui soutinrent l'arrivée d'Hitler au pouvoir. Les "grands démocrates", toujours pleins de belles paroles pour la liberté d'expression, préférèrent fermer les yeux sur le massacre de la République espagnole par l'extrême-droite ; ils disaient déjà "plutôt Hitler que le Front Populaire". Le FN a à coeur les intérêts des puissants, pas ceux du peuple ! Quel peuple un tant soit peu éduqué préfèrera l'armée à l'école (dans le programme présidentiel du FN) à l'éducation à la citoyenneté et la justice républicaine ? Quelle nation éclairée nie l'égalité des droits humains et lui préfère la haine de l'autre ? Je suis sidérée par les commentaires que je lis dans la presse, des prétendus citoyens qui justifient un meurtre parce que le gosse défendait une idéologie avec ses neurones et pas avec une batte de baseball. "Vous comprenez, ma bonne dame, les extrêmes se rejoignent, ça n'est que justice".

A la lecture de ce tragique événement, un assassinat perpétré par des brutes avec un pois chiche à la place du cerveau (et encore, c'est pas gentil pour les pois chiches), qui montre que l'extrême-droite n'a pas changé dans ses méthodes ni dans ses discours, je fus glacée d'effroi. Mais la vie qui cogne inlassablement dans mes veines m'empêchera aussi de la fermer. C'est la vue brouillée de larmes et les tripes retournées par l'indignation que j'écris ces lignes. 

LOS FASCISTAS NO PASARÁN.

En hommage à Clément : cette chanson de la guerre civile espagnole, l'hymne de la CNT (Confédération Nationale du Travail, syndicat anarchiste), que je n'écouterai plus sans l'associer aux camarades tombés sous les balles et les coups du fascisme. A las Barricadas.

Et comme je sais que tout le monde ici n'est pas hispanohablante, je vous la traduis ci-dessous. 

De noirs orages troublent les cieux, de sombres nuages nous brouillent la vue,

Bien que la douleur et la mort nous attendent,

Contre l'ennemi, le devoir nous appelle.

Le bien le plus précieux est la liberté,

Il faut la défendre, avec foi et courage,

Levez le drapeau révolutionnaire qui conduira le peuple à l'émancipation,

Debout, peuple ouvrier, au combat,

Il faut détruire la réaction,

Aux barricades ! Aux barricades !

Pour le triomphe de la confédération.

764896_11ce_625x1000

"Aujourd'hui, c'est toi qui passes le balai". Affiche datant de la Guerre d'Espagne. Le besoin d'un bon coup de balai ne date pas d'aujourd'hui.

 

Posté par lilithiana à 11:38 - - Commentaires [2] - Permalien [#]

22 mai 2013

La langue de l'oppresseur et les velléités de l'Empire.

J'escomptais vous faire un article sur un certain 5 mai, mais, le temps filant, nombre de choses qui méritent une attention particulière doivent être dites. Les récits de la marche du 5 mai ont été légion (ici, et parmi bien des exemples) et je ne saurais qu'y ajouter : ce fut une grande réussite, une marche pleine de bonne humeur, de couleurs flamboyantes, et de rires et de chansons dans toutes les langues. Bref. Je commence par où ?

Sur l'enseignement en anglais à la fac

En tant qu'angliciste, amoureuse de la langue de Byron et envoûtée par le charme paradoxal de l'art et de la poésie britannique, l'on s'attendrait à ce que cette nouvelle me réjouisse. Il n'en est rien, et je vais vous expliquer pourquoi. Ô Hypocrisie ambiante, quand cesseras-tu d'empoisonner le monde politique ? Quand une génération entière ne sait plus écrire le français correctement - merci à l'abolition de la méchante grammaire à l'école, trop difficile pour les futurs chefs d'entreprise que veulent fabriquer les pigeons du néolibéralisme - est-il concevable de faire ENCORE reculer le français ? J'admets, le français est une langue difficile, dont, paraît-il, se plaignent les étudiants étrangers. Mais n'étant pas (encore) une colonie des Etats-Unis d'Amérique (je vais revenir là-dessus dans quelques instants), j'estime qu'un étudiant venant suivre des cours dans une fac française n'a pas à recevoir de traitement de faveur : si l'anglais lui sied mieux, qu'il aille donc dans l'une de ces universités anglo-saxonnes à 10 000 Euros l'année (au mieux), on lui apprendra en plus la discipline intellectuelle à coups de dette étudiants irremboursable. Egalité, mh ? Entendez-moi, je suis tout sauf contre l'enseignement des langues de manière générale : il serait bien malvenu, pour une diplômée de deux masters en langues étrangères, de venir fustiger l'ouverture au monde par l'apprentissage des langues. Mais ça n'est guère de cela qu'il s'agit ici. C'est, encore une fois, une histoire de "communication". Voyez-vous, de nos jours, les langues étrangères ne doivent, selon les technocrates qui pensent "dans la langue de la finance internationale", pas servir à la compréhension d'une culture, d'une histoire, d'une littérature. Non, aujourd'hui, on favorise la "communication", ce mot en caoutchouc qui veut dire tout et son contraire. Les programmes scolaires se racornissent au fil des ans, et désormais, au lieu d'étudier ce qu'un pays dont on apprend la langue a de spécifique, on apprend à dire les mêmes banalités dans deux, trois, quatre, dix langues différentes : "La peine de mort, c'est mal". "Les téléphones portables dans les trains, c'est chiant". "C'est bien de sauver l'environnement". Et puis cette favorisation du nombrilisme, comme si celui d'une génération élevée à coups de personnalisation de leur PC/téléphone/Xbox, à tel point qu'ils se coupent du monde, n'était pas déjà assez grave. Bref, on doit donc apprendre à ne pas plus réfléchir en langue étrangère qu'en français. Don Quichotte ? A la trappe - on remplace avec un sujet sur lequel ils savent déjà tout : les bienfaits des nouvelles technologies. L'histoire de l'Empire colonial britannique ? Quel ennui, parlons plutôt de savoir s'il est bien ou mal de fumer. Mais surtout, surtout, "pas d'idéologie". Le fait qu'un autre pays ne puisse se comprendre que par l'étude de son histoire, de ses divers paradigmes idéologiques, des rapports de force présents sur son sol, de ses traditions, de sa poésie, de sa peinture... ne leur effleure pas l'esprit. Uniformisés, formatés, aux quatre coins du monde l'on étend les méthodes à l'américaine, pour pouvoir parler de sujets de société, et ancrer l'esprit des étudiants et des gamins dans le présent. La question de la temporalité a disparu : le monde en perpétuel mouvement (pour inventer de nouvelles formes de COMMUNIQUER) ne s'inscrirait pas dans une continuité historique. On efface ce qui fait la singularité d'une culture, et on la rend conforme à la norme globale: le monde entier aime le shopping, le monde entier adule le nouvel iPad, le monde entier achète Coca-Cola, donc parlons de cela. Le reste, les vieux bouquins poussiéreux et l'Histoire, ça n'intéresse personne, paraît-il que ça ne sert à rien. J'ai déjà exprimé sur ce blog mon point de vue sur ce que devient l'enseignement de l'Histoire : il s'agit de couper les esprits malléables d'un rapport certain au passé, d'un sentiment de s'inscrire dans une continuité (à défaut de la linéarité, il y a quand même un fil conducteur!). Bref. Vouloir faire maîtriser la langue de l'occupant capitaliste avant de comprendre sa propre langue universaliste, c'est comme apprendre l'esprit d'entreprise avant d'apprendre à lire.

Et puisqu'on parle d'occupant capitaliste, je remets sur la table un sujet que j'avais déjà traité plus en détail ici :

Le Grand Marché Transatlantique

Je vous invite à lire le post mentionné ci-dessus pour un aperçu général de ce qui est en train de se tricoter dans le dos des peuples. Signé au parlement européen par les représentants des partis du centre-gauche à l'extrême-droite (PS et FN inclus), ce traité de libre-échange entre les Etats-Unis et l'Union Européenne implique une "harmonisation" des politiques entre les deux parties pour favoriser la libre circulation des biens et des capitaux (j'aimerais pouvoir dire "les personnes" mais malheureusement le capitalisme dans sa version néolibérale génère un repli identitaire, et je doute que les USA renoncent à leurs politiques d'immigrations complètement paranoïaques). Et comme "l'harmonisation", dans le dico des néolibéraux, ça veut dire "nivelage par le bas", nous en serons réduits à vivre comme des Américains - mais sans Cuba où l'on pourrait aller se faire soigner quand le système de santé sera complètement privatisé ! Je vous laisse le soin d'aller lire le contenu des accords sur le Grand Marché Transatlantique publié par L'Huma en cliquant ici.

Une dernière réflexion avant de me remettre au travail : si j'ai bien compris, pour faire court, il s'agit de démanteler toutes les politiques d'Etat-Providence dans les états de l'UE pour qu'on soit "compétitifs" au niveau des Etats-Unis d'Amérique. Ca implique donc de flexibiliser nos lois du travail, sur la santé, l'éducation, les services publics de manière générale... dites-moi, n'y a-t-il que dans ma tête que ça s'imbrique parfaitement avec les politiques de démantèlement de l'Etat au profit de grosses compagnies privées nord-américaines ? Et si cette "austérité" dont tout le monde sait qu'elle aggrave la crise n'était qu'une manière de procéder à une destruction des plus brutales de nos systèmes de contrôles publics ? Et si cette foutue dette que nous devons, paraît-il, rembourser, n'était qu'un sale prétexte pour nous mettre le couteau sous la gorge et nous forcer à avaler la destruction du modèle européen pour mettre en place un modèle américain ? Après tout, même Jacques Attali a admis face à Jean-Luc Mélenchon qu'il était absolument impossible de rembourser cette dette : pourquoi s'infliger toujours plus de souffrances, si le remboursement n'est pas envisageable et que l'austérité tue tout sur son sillage ? 

Il n'est nulle conspiration, il n'y a pas d'hommes encapuchonnés, mi-Illuminati, mi-jesaispasquoi, complotant sur la destruction programmée de l'Humanité autour d'une table dans une grotte dont personne ne sait où elle se trouve. Il est des corporations, des lobbys pharmaceutiques et pétroliers, des marchands d'armes, des marchés financiers, des banques et des trafiquants de drogue qui savent que leurs intérêts - le profit à court terme et le pouvoir qui va avec - vont dans le même sens et ont donc tout intérêt à s'entraider. Ce n'est pas un complot, c'est un rapport de forces entre les oppresseurs qui défendent leur statut et leur flouze en faisant très voltairiennement travailler le plus grand nombre et en vivant sur le dos des opprimés. Ce rapport de forces, ça s'appelle la lutte des classes. Et vu la haute conscience que les puissants en ont, il va falloir que les 99% se mettent à PENSER, à remettre en question le McDo intellectuel qu'on nous sert un peu partout. Et vite.

13 mai 2013

Le Fascisme en France

Excellent débat entre Zeev Sternhell et Jean-François Sirinelli, tous deux historiens, invités de l'émission Répliques sur France Culture. Une excellente plongée dans l'histoire de France et une discussion de haute tenue sur le nationalisme et le fascisme en France. C'est par ici.

 

Les élections de la honte

La Grande-Bretagne est passée de l'autre côté. Si, si. Ma naïveté m'avait toujours portée à croire que malgré toutes ses tares systémiques, la Grande-Bretagne n'était guère vulnérable à la progression des partis fascisants, voire carrément racistes. Force est de constater que je me suis trompée. Dieu du ciel, l'état des choses serait donc encore pire que je ne me le représentais ?!

Le résultat des élections partielles est tout à fait choquant. Le UKIP (UK Independence Party), un parti eurosceptique à droite du Parti Conservateur (qui est déjà plus à droite que la droite française) a accusé une énorme progression aux élections locales partielles qui se tinrent le jeudi 2 mai. Mais énorme. C'est-à-dire que ces agités du bocal qui n'hésitent pas à ouvertement prôner des politiques racistes ont gagné 139 sièges dans 34 localités ("councils") - passant donc de 0 à ... 139. Une petite session décryptage des résultats chez moi - le Norfolk - m'a amenée à constater que 1. Le UKIP devient le premier parti d'opposition avec environ 25% des voix dans la région (aïe), reléguant le Labour qui leur colle au train, et les Conservateurs, même s'ils n'ont pas la majorité absolue, se retrouvent quand même en tête ; et 2. Les endroits qui ont voté pour un élu UKIP sont de petits villages bourgeois qui n'ont jamais vu un étranger de leur vie.

Le UKIP, si vous voulez, c'est la face "acceptable" et parlementaire du parti BNP (British National Party - eux carrément fascistes, et ils ne s'en cachent pas... et défilent d'ailleurs aux côtés de Marion Maréchal Le Pen à Paris contre l'égalité des droits, si si). C'est-à-dire que pour une raison encore floue pour moi (les fachos restent des fachos) il serait tout à fait normal de soutenir le UKIP qui est pourtant à peine moins agressif que le BNP - et beaucoup plus dangereux - quand le BNP serait une attaque contre la démocratie. Pourtant, l'EDL (groupuscule d'extrême-droite ouvertement fascistes aussi, violents, homophobes et raciste jusqu'au sommet du crâne - rasé) a appelé à voter UKIP à ces dernières élections.

Bienvenue dans la Grande-Bretagne du XXIème siècle, où une personne sur 5 soutient les fascistes, ce qui était encore impensable il y a 10 ans. Les eurosceptiques, nourris au biberon conservateur qui explique que l'UE est un problème et tire la croissance britannique vers le bas (ce qui est faux, puisque lorsqu'ils ont affirmé la chose il y a 6 mois, l'UE avait une croissance plus forte que la GB - expliquez-nous comment un truc qui monte (très peu) tire vers le bas un pays en récession), et, surtout, qui fustigent l'immigration comme le problème majeur, ça donne ça. Ca donne des populations entières formatées au raisonnement simpliste et d'une bassesse inouïe selon lequel les immigrés constitueraient un problème - alors que tous les chiffres démontrent qu'au contraire, ce sont eux qui dopent l'économie, surtout dans les populations vieillissantes d'Europe Occidentale/du Nord. Le gouvernement conservateur qui avait lancé une campagne pour dissuader les immigrés de venir en Grande-Bretagne (des affiches destinées aux populations d'Europe de l'Est disaient clairement : "il pleut tout le temps, restez dans votre pays, c'est nul ici") portent leurs fruits. A force de faire de la xénophobie une idéologie tout à fait banale, on se retrouve avec les gros fachos qui jubilent aux élections. Rien de nouveau sous le soleil, pour vous, mes lecteurs francophones qui constatez cet état de fait tous les jours dans la presse et dans la rue. Mais pour les Anglais, c'est un terrible coup de massue. Souvenez-vous, ici, on a combattu l'extrême-droite jusqu'à la fin, debout sur les ruines fumantes de Londres détruite à 90% par les bombardements nazis, seuls contre une Europe qui semblait avoir perdu la raison ! Les grands intelligents du Parti Conservateur vont maintenant trouver une solution, n'est-ce pas ? Ils ont ouvert grand la porte à l'extrême-droite, à force de discours xénophobes et de politiques d'austérité dont ils rendent responsables "ces salauds d'immigrés illégaux qui viennent profiter des allocations chômage" (NdlR: les allocations chômage, ici, ne permettent pas de vivre, et surtout on ne peut pas les avoir si on n'est pas en situation régulière), et font maintenant semblant d'être choqués. Allons, bons députés du peuple britannique, dont plus de 80% d'entre vous sont des millionnaires et bénéficient à la fois de réduction d'impôts légales, de fraude fiscale et d'avantages en nature relatifs à votre salaire de députés (comme une pension de £400 à la semaine pour des "frais de bouche" - un chômeur touche £200 par mois, pour toutes ses dépenses), n'allez pas jouer les vierges effarouchées, vous avez choisi de coucher avec le diable ; votre prétendu étonnement ne relève que du fait que vous n'ayez pas réussi à récupérer dans les urnes tous ces crétins de xénophobes que vous avez formatés par vos discours simplistes truffés de fausses allégations. Comment diviser une nation pour asseoir la forme suprême du néolibéralisme, l'enveloppe dans laquelle il fonctionne le mieux, parce qu'il déshumanise l'individu : la dictature. Et, en l'absence d'une voix de gauche - je ne compte évidemment pas le Parti Travailliste, qui au niveau baissage de culotte devant la finance réussit, depuis les 30 dernières années, à faire mieux que le Parti Socialiste français, comme un parti à gauche, c'est entendu - dans un pays où l'extrémisme n'a pourtant jamais été une plaie, ou si peu, où voulez-vous que les BRitanniques se tournent ? 

Il n'y a pas de boulot, hormis dans des compagnies d'assurance ou des centres d'appels téléphoniques. Si vous êtes chanceux, vous aurez un job à mi-temps pas payé (parce que ça fait partie du programme de remise au travail de tous ces salauds de chômeurs qui bouffent le système pendant que la finance festoye joyeusement à la City). Si vous êtes encore plus chanceux, vous serez payé à la commission. C'est comme cela ici. Et puis, un soir, en rentrant du boulot, vous apprendrez qu'ils ont privatisé la sécu', puis la poste britannique, et vous allumerez la télé ou ouvrirez le Daily Mail, où l'on vous passera en boucle des reportages sur comment les méchants pakistanais avec 12489 enfants vivent dans une grande maison de 5 pièces aux frais de l'Etat. Et puis, comme vous aurez, comme tout le monde, un boulot de merde qui consiste à faire prendre des crédits aux gens pour acheter des choses dont ils n'ont ni besoin, ni pour lesquelles ils ont les moyens, vous regarderez d'un oeil distrait en vous disant que "quand même, c'est dégueulasse". Puis vous entendrez Nigel Farrage vous dire que les "British jobs" doivent aller aux "British people" - sauf que les véritables chiffres de l'emploi sont autour de 5 chômeurs pour UN job à l'échelle nationale, mais ça, la BBC ne vous en informera guère - et vous irez mettre un bulletin UKIP, parce qu'ils sont les seuls à prétendre à un changement de système (qui n'en est pas un, entendons-nous bien, il ne s'agit comme d'habitude que d'enfumage, puisqu'ils veulent continuer sur la voie des privatisations - d'ailleurs je ne sais pas bien ce qu'ils veulent privatiser, il ne reste rien), comme un gros con, l'esprit embrumé par des médias crétins et un pays en état de déréliction complète. Moi, j'ai voté Green, parce que la gauche de gauche, ici, c'est le Green Party - et d'ailleurs le candidat chez moi était du Green Left, le courant écosocialiste du GP.

Au vu des circonstances, en l'absence d'une culture politique de gauche - celle-ci a été atomisée par la brutalité de Thatcher, voir article où j'en parlais-, en l'absence de boulot puisque l'on a pris soin de désindustrialiser la Grande-Bretagne pour en faire un pays de services et de finance, en l'absence de fonctionnement de l'échelle sociale, puisque l'éducation c'est uniquement pour ceux qui peuvent se la permettre, dans un pays où la paupérisation est galopante et massive... le racisme monte en flèche, tout comme la stigmatisation des chômeurs. Marat déjà avait parlé de la plaie du paupérisme en Angleterre, et de l'argent qui y faisait loi. Finalement, depuis 250 ans, rien n'a changé. Les gens n'ont plus rien qu'on puisse leur prendre. La classe dirigeante se fout toujours de la gueule des 90% qui triment, et ça vaut partout. C'est qui déjà, qui disait qu'il ne croyait pas à la lutte des classes ? Si l'idéologie communiste a trouvé le contexte de son développement ici, vu l'apathie générale, c'est sans doute pas ici que se tiendra le grand soir. Mais là où il y a trois mois je n'aurais pas parié sur la xénophobie, si ça se trouve d'ici à quelques années on aura des camps de concentration. Oh, wait... Je t'en foutrais, moi, de Thatcher et du modèle anglais.

Posté par lilithiana à 10:57 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

10 mai 2013

21 Floréal, de l'an 1 à l'an 221

Il y a 220 ans, jour pour jour, celui qu'on osa appeler un tyran clamait des vérités qui restent toujours aussi cinglantes aujourd'hui. "Le temps est arrivé de rappeler l'homme à ses véritables destinées" - pour quoi vivons-nous ? Au nom de quoi ? Entendez la grande Histoire qui crie sa souffrance, partout enchaînée, par la condescendance des mêmes fripons qu'il y a deux cents vingt années ! La violence des individus n'est que le fait de la violence du système, qui brutalise la pensée heureuse et libre. Pieds et poings liés, un bandeau d'ignorance sur les yeux, voilà ce qu'ils ont fait de nous ! Nous ne gagnerons le bonheur des hommes libres qu'au prix du long combat qui mène à l'éclatement de nos propres limites. Résistez, hommes et femmes ! Soyez libres, soyez conscients, soyez dignes, même dans la souffrance, et même dans la tourmente ! Un esprit sur le chemin de l'émancipation ne peut plus être brisé.

Discours de Maximilien Robespierre à la Convention, le 10 mai 1793:

"L'homme est né pour le bonheur et pour la liberté, et partout il est esclave et malheureux ! La société a pour but la conservation de ses droits et la perfection de son être, et partout la société le dégrade et l'opprime ! Le temps est arrivé de le rappeler à ses véritables destinées ; les progrès de la raison humaine ont préparé cette grande révolution, et c'est à vous qu'est spéciale­ment imposé le devoir de l'accélérer.

Pour remplir votre mission, il faut faire précisément tout le contraire de ce qui a existé avant vous.

Jusqu'ici l'art de gouverner n'a été que l'art de dépouiller et d'asservir le grand nombre au profit du petit nombre, et la législation le moyen de réduire ces attentats en système : les rois et les aristocrates ont très bien fait leur métier ; c'est à vous maintenant de faire le vôtre, c'est-à-dire de rendre les hommes heureux et libres par les lois.

Donner au gouvernement la force nécessaire pour que les citoyens respectent toujours les droits des citoyens, et faire en sorte que le gouvernement ne puisse jamais les violer lui-même, voilà, à mon avis, le double problème que le législateur doit chercher à résoudre. Le premier me paraît très facile: quant au second, on serait tenté de le regarder comme insoluble, si l'on ne consultait que les événements passés et présents sans remonter à leurs causes.

Parcourez l'histoire, vous verrez partout les magis­trats opprimer les citoyens, et le gouvernement dévorer la souveraineté: les tyrans parlent de sédition; le peuple se plaint de la tyrannie ; quand le peuple ose se plaindre, ce qui arrive lorsque l'excès de l'oppression lui rend son énergie et son indépendance. Plût à Dieu qu'il pût les conserver toujours ! Mais le règne du peuple est d'un jour; celui des tyrans embrase la durée des siècles.

J'ai beaucoup entendu parler d'anarchie depuis la révolution du 14 juillet 1789, et surtout depuis la révolution du 10 août 1792 ; mais j'affirme que ce n'est point l'anarchie qui est la maladie des corps poli­tiques, mais le despotisme et l'aristocratie. Je trouve, quoi qu'ils en aient dit, que ce n'est qu'à compter de cette époque tant calomniée que nous avons eu un commencement de lois et de gouvernement, malgré

les troubles, qui ne sont autre chose que les dernières convulsions de la royauté expirante, et la lutte d'un gouvernement infidèle envers l'égalité.

L'anarchie a régné en France depuis Clovis jusqu'au dernier des Capet. Qu'est-ce que l'anarchie, si ce n'est la tyrannie, qui fait descendre du trône la nature et la loi pour y placer des hommes !

Jamais les maux de la société ne viennent du peuple, mais du gouvernement. Comment n'en serait-il pas ainsi ! l'intérêt du peuple, c'est le bien public; l'intérêt de l'homme en place est un intérêt privé. Pour être bon, le peuple n'a besoin que de se préférer lui-même à ce qui n'est pas lui ; pour être bon, il faut que le magistrat s'immole lui-même au peuple.

Si je daignais répondre à des préjugés absurdes et barbares, j'observerais que ce sont le pouvoir et l'opu­lence qui enfantent l'orgueil et tous les vices ; que c'est le travail, la médiocrité, la pauvreté, qui sont les gardiens de la vertu; que les voeux du faible n'ont pour objet que la justice et la protection des lois bienfaisantes, qu'il n'estime que les passions de l'honnêteté; que les passions de l'homme puissant tendent à s'élever au-dessus des lois justes, ou à en créer de tyranniques: je dirais enfin que la misère des citoyens n'est autre chose que le crime des gouvernements. Mais j'établis la base de mon système par un seul raisonnement.

Le gouvernement est institué pour faire respecter la volonté générale ; mais les hommes qui gouvernent ont une volonté individuelle, et toute volonté cherche à dominer : s'ils emploient à cet usage la force publique dont ils sont armés, le gouvernement n'est que le fléau de la liberté. Concluez donc que le premier objet de toute Constitution doit être de défendre la liberté publique et individuelle contre le gouvernement lui-même.

C'est précisément cet objet que les législateurs ont oublié: ils se sont tous occupés de la puissance du gouvernement; aucun n'a songé aux moyens de le ramener à son institution ; ils ont pris des précautions infinies contre l'insurrection du peuple, et ils ont encou­ragé de tout leur pouvoir la révolte de ses délégués. J'en ai déjà indiqué les raisons : l'ambition, la force et la perfi­die ont été les législateurs du monde; ils ont asservi jusqu'à la raison humaine en la dépravant, et l'ont rendue complice de la misère de l'homme: le despotisme a produit la corruption des moeurs, et la corruption des moeurs a soutenu le despotisme. Dans cet état de choses, c'est à qui vendra son âme au plus fort pour légitimer l'injustice et diviniser la tyrannie. Alors la raison n'est plus que folie ; l'égalité, l'anarchie ; la liberté, désordre ; la nature, chimère ; le souvenir des droits de l'humanité, révolte : alors, on a des bastilles et des échafauds pour la vertu, des palais pour la débauche, des trônes et des chars de triomphe pour le crime: alors on a des rois, des prêtres, des nobles, des bourgeois, de la canaille ; mais point de peuple et point d'hommes.

Voyez ceux mêmes d'entre les législateurs que le progrès des lumières publiques semble avoir forcés à rendre quelque hommage aux principes; voyez s'ils n'ont pas employé leur habileté à les éluder, lorsqu'ils ne pouvaient plus les raccorder à leurs vues person­nelles; voyez s'ils ont fait autre chose que varier les formes du despotisme et les nuances de l'aristocratie ! Ils ont fastueusement proclamé la souveraineté du peuple et ils l'ont enchaîné ; tout en reconnaissant que les magistrats sont ses mandataires, ils les ont traités comme ses dominateurs et comme ses idoles : tous se sont accordés à supposer le peuple insensé et mutin, et les fonctionnaires publics essentiellement sages et vertueux. Sans chercher des exemples chez les nations étrangères, nous pourrions en trouver de bien frappants au sein de notre révolution, et dans la conduite même des législatures qui nous ont précédés. Voyez avec quelle lâcheté elles encensaient la royauté ! avec quelle impudence elles prêchaient la confiance aveugle pour les fonctionnaires publics corrompus ! avec quelle inso­lence elles avilissaient le peuple ! avec quelle barbarie elles l'assassinaient ! Cependant, voyez de quel côté étaient les vertus civiques ; rappelez-vous les sacrifices généreux de l'indigence et la honteuse avarice des riches, rappelez-vous le sublime dévouement des soldats et les infâmes trahisons des généraux, le courage invincible, la patience magnanime du peuple, et le lâche égoïsme, la perfidie odieuse de ces mandataires !

Mais ne nous étonnons pas trop de tant d'injustices. Au sortir d'une si profonde corruption, comment pouvaient-ils respecter l'humanité, chérir l'égalité, croire à la vertu ? Nous, malheureux, nous élevons le temple de la liberté avec des mains encore flétries des fers de la servitude ! Qu'était notre ancienne éducation, sinon une leçon continuelle d'égoïsme et de sotte vanité ? Qu'étaient nos usages et nos prétendues lois, sinon le code de l'impertinence et le la bassesse, où le mépris des hommes était soumis à une espèce de tarif, et gradué suivant des règles aussi bizarres que multipliées ? Mépriser et être méprisé, ramper pour dominer ; esclaves et tyrans tour à tour ; tantôt à genoux devant un maître, tantôt foulant aux pieds le peuple: telle était notre destinée, telle était notre ambition à nous tous tant que nous étions, hommes bien nés ou hommes bien élevés, honnêtes gens ou gens comme il faut, hommes de loi et finan­ciers, robins ou hommes d'épée. Faut-il donc s'étonner si tant de marchands stupides, si tant de bourgeois égoïstes conservent encore pour les artisans ce dédain insolent que les nobles prodiguaient aux bourgeois et aux marchands eux-mêmes ? Oh ! le noble orgueil ! la belle éducation ! Voilà cependant pourquoi les grandes destinées du monde sont arrêtées ! voilà pourquoi le sein de la patrie est déchiré par les traîtres ! voilà pourquoi les satellites féroces des despotes de l'Europe ont ravagé nos moissons, incendié nos cités, massacré nos femmes et nos enfants ! Le sang de trois cent mille Français a déjà coulé ! Le sang de trois cent mille autres va peut-être couler encore, afin que le simple laboureur ne puisse siéger au Sénat à côté du riche marchand de grains, afin que l'artisan ne puisse voter dans les assemblées du peuple à côté de l'illustre négo­ciant ou du présomptueux avocat, et que le pauvre, intelligent et vertueux, ne puisse garder l'attitude d'un homme en présence du riche imbécile et corrompu ? Insensés, qui appelez des maîtres, pour ne point avoir d'égaux, croyez-vous donc que les tyrans adopteront tous les calculs de votre triste vanité et de votre lâche cupidité ! Croyez-vous que le peuple, qui a conquis la liberté, qui versait son sang pour la patrie, quand vous dormiez dans la mollesse ou que vous conspiriez dans les ténèbres, se laissera enchaîner, affamer, égorger par vous ? Non ! Si vous ne respectez ni l'humanité, ni la justice, ni l'honneur, conservez du moins quelque soin de vos trésors, qui n'ont d'autre ennemi que l'excès de la misère publique, que vous aggravez avec tant d'imprudence ! Mais quel motif peut toucher des esclaves orgueilleux ? La voix de la vérité, qui tonne dans les coeurs corrompus, ressemble aux sons qui reten­tissent dans les tombeaux, et qui ne réveillent point les cadavres.

Vous donc, à qui la liberté, à qui la patrie est chère, chargez-vous seuls du soin de la sauver, et puisque le moment où l'intérêt pressant de sa défense semblait exiger toute votre attention est celui où l'on veut élever précipitamment l'édifice de la Constitution d'un grand peuple, fondez-la du moins sur la base éternelle de la vérité ! Posez d'abord cette maxime incontestable : que le peuple est bon, et que ses délégués sont corrup­tibles ; que c'est dans la vertu et dans la souveraineté du peuple qu'il faut chercher un préservatif contre les vices et le despotisme du gouvernement. [...]

Il est un moyen général et non moins salutaire de diminuer la puissance des gouvernements au profit de la liberté et du bonheur des peuples.

Il consiste dans l'application de cette maxime, énoncée dans la Déclaration des droits que je vous ai proposée: la loi ne peut défendre que ce qui est nuisible à la société ; elle ne peut ordonner que ce qui lui est utile.

Fuyez la manie ancienne des gouvernements de vouloir trop gouverner; laissez aux individus, laissez aux familles le droit de faire ce qui ne nuit point à autrui; laissez aux communes le pouvoir de régler elles-mêmes leurs propres affaires en tout ce qui ne tient pas essentiellement à l'administration générale de la République ; en un mot, rendez à la liberté indi­viduelle tout ce qui n'appartient pas naturellement à l'autorité publique, et vous aurez laissé d'autant moins de prise à l'ambition et à l'arbitraire."

Posté par lilithiana à 10:43 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

19 avril 2013

"Reconnais-toi en l'autre, car l'autre est un autre toi"

Tout ceci commence à devenir épuisant. On veut être de toutes les batailles, et puis au final on se morcèle. Ca n'est guère une raison pour craquer ni s'effondrer dans la suite des événements - on n'a que plus de mérite à rester debout quand le système tente de nous entraîner dans sa chute.

Souvent, j'interroge l'Histoire. Pour trouver des réponses, comprendre les mécanismes qui poussent vers le progrès - ou la réaction. Comprendre les âmes qui ont poussé l'Humanité vers la Lumière plutôt que de la jeter dans l'obscurité. D'où venait cette source inépuisable d'énergie à jeter toute entière dans la lutte ? Que ne semblaient-ils rompus à force de luttes infinies, perdues d'avance parce que vouées, comme l'Ouroboros, à l'éternel recommencement. L'âme de certains a ceci de beau qu'elle ne s'embarrasse pas de la finitude - elle voit tout de suite l'horizon. Le reste ne sera que cailloux sur le chemin et buissons d'épines.

La passion déterminée de Saint-Just, la froide raison, ultime oeuvre de l'âme humaine, de Robespierre, le verbe acide et tranchant de Marat, la dévotion pleine et entière de Louise Michel, le courage d'Hypathie qui toujours marcha la tête haute, même sous les pierres, et puis, comme un point d'ancrage, Jean-Jacques, cheminant seul au milieu des quolibets, des crachats, pourfendant les cyniques qui avaient fermé leur coeur à l'humanité ; Léon Bronstein, qui a toujours tracé sa propre route malgré l'opprobre délibérée pour le déconstruire, même un William Hunt, perdu sur sa Terre Promise avec ses toiles, Tina Modotti l'oubliée de l'Histoire, et pourtant... Dolores Ibarruri ou la révolte permanente, pleine d'une verve qui réchauffait le coeur de ceux que l'Histoire allait fracasser sur l'écueil du fascisme ; la liste est longue, et tenter de la compléter ne ferait que montrer à quel point elle n'est pas exhaustive. La réponse est en partie dans l'Histoire ; mais pour comprendre ce qui pouvait bien les mouvoir, les jeter désespérément sous la grande roue du Temps dans l'espoir qu'il arrête sa folle course vers l'abîme, il ne suffit guère d'apprendre les faits. Il faut parler aux archanges déchus, les interroger, écouter leurs chants - bien souvent, chant du cygne : cruelle Histoire ! Tous ensemble, c'est un concert, une symphonie toujours inachevée - mélodie qui s'envole bien au-delà des temporalités humaines. C'est l'Idéal qui tonne, l'entendez-vous, assourdissant ? Chacune de ces voix, de celle de l'esclave, boulet au pied et chaînes au coeur, à celle de Victor Jara, la langue pourtant coupée, toutes les notes, mêmes celles qui semblent s'effacer derrière l'explosion de sons et les notes de fond, tout a un sens et donne à l'Idéal encore plus de couleurs. Tous savaient qu'ils jetaient leurs forces dans un dessein beaucoup plus grand qu'eux, éternel et indestructible. Les bourreaux peuvent mettre fin à une vie, ils ne feront que raccourcir l'existence terrestre de ceux qui voyaient déjà au-delà, ceux qui se joindront, a capella, à la plus belle création de l'âme humaine. La grande musique, infinie, intarissable, inépuisable, et qui restera toujours disponible à celle ou celui qui souhaite l'entendre. Le potentiel de l'esprit humain ne connaît que les limites que l'on lui impute. Il n'est d'autres barrières que celles que l'on s'érige. Le point commun entre Victor Hugo et Trotsky, entre Babeuf et Bourdieu ?

Ils ne vivent pas pour eux-mêmes, mais pour l'Humanité toute entière. Et par-là même, c'est l'immortalité de leur âme qu'ils acquérirent - pas tous seuls, mais en déversant tout ce qui faisait leur grandeur dans l'Idéal. Être Suprême, Universalisme, Humanisme, peu importe le nom qu'ils lui donnèrent - tout est là.

09 avril 2013

Ding! Dong! The witch is dead!

Pour ne pas me faire accuser de me réjouir de la mort d'un être humain, je mets tout de suite les choses au clair : je sépare bien l'être humain de la personnalité politique. Margaret Thatcher a cassé sa pipe. Et oui, j'ai poussé un grand ouf de soulagement, de consort avec mes compatriotes britanniques. De sortie, j'ai pu observer que les citoyens étaient plutôt heureux de son départ et des symboles qu'elle a emportés avec elle - il n'y a guère que les puissants que cela a pu émouvoir. David Cameron qui, en bon thatchérien, écrase une larme, ça n'a rien à voir avec les fêtes de rue qui se sont organisées instantanément pour célébrer la mort de la Dame de Fer, avec les sourires qui flottent sur les visages, et tous ceux qui tentent de rappeler que ses idées sont toujours bien vivantes. Eh oui, le fer, ça rouille, mais ça laisse aussi des traces.

La société britannique d'aujourd'hui est le fruit direct de la politique de Thatcher - Premier Ministre de 1979 à 1990 : désindustrialisation massive - c'est simple, Maggie a tout fait fermer, a réprimé les grèves de tous ces ouvriers qu'elle condamnait au chômage dans le sang (parce que vous comprenez "c'est pas la rue qui gouverne"), a laissé mourir des grévistes de la faim, tout ça pour quoi ? Pour faire de la Grande-Bretagne un pays de services, et bien sûr, une place financière. L'économie britannique toute entière tourne autour de la finance, le taux de pauvreté crève le plafond dans un pays où les seuls jobs libres si vous êtes un lambda comme moi sont pour des centres d'appels ou des compagnies d'assurance, quand les gens ne sont pas obligés de travailler pour gagner leurs misérables £53 d'allocations chômage. La Grande-Bretagne post-Thatcher, c'est ça. C'est une bulle du crédit qui enfle, c'est des frais d'inscription à l'université de 12 000 euros par an dans le meilleur des cas, une hyper-consommation à donner des hauts-le-coeur chaque fois que vous tentez d'aller faire un tour à Londres. La violence de l'argent, de la publicité, et des écrans géants est sans doute la mieux personnifiée à Londres aujourd'hui. Mais je m'égare.

Je reviens sur celle qui voulait "éradiquer le socialisme d'un grand coup de balai" (si, si, elle l'a bien dit !). Amie du dictateur chilien le Général Augusto Pinochet, responsable de la disparition, de la torture et de la mort de milliers de personnes au Chili, pays à la tête duquel il avait été placé par un coup d'état fomenté par les Etats-Unis contre un président de gauche (Salvador Allende) démocratiquement élu, mais, malheureusement, pas du goût des cadres de la finance nord-américains. Pinochet, donc, celui qui était derrière les escadrons de la mort qui larguaient les corps mutilés par la torture des opposants politiques dans le désert d'Atacama pour que la justice internationale ne les retrouve pas. Sur les plages d'Amérique du Sud, les os se sont amoncelés... Cet homme, donc, que Miss Maggie prend dans ses bras, et protège, des années plus tard, alors qu'il a un mandat d'arrêt international collé sur le postérieur pour crime contre l'humanité, rien que ça. Mais à part ça on ne laisse pas partir Julian Assange. Et dire qu'après ils viennent nous reprocher une admiration pour Hugo Chavez, les bras m'en tombent ! Quelques digressions, oui, mais simplement pour vous montrer à quel point tout ceci est politique : dans le fond, nos dirigeants ultralibéraux n'en ont rien à foutre que leurs amis ou ennemis soient dictateurs ou démocrates (encore que s'ils peuvent ajouter l'autoritarisme à la personnalité des opposants politiques, ce n'en est que mieux venu !) - il s'agit d'une ligne politique. La raison pour laquelle l'infâme Pinochet a été soutenu est parce qu'il a libéralisé l'économie du Chili, ouvert aux investissement étrangers nord-américains, a imposé des politiques de privatisations drastiques, là où son prédécesseur, décédé lors du coup d'état du général Pinochet (le 11 septembre 73, ça s'invente pas) tentait de redistribuer les richesses et de limiter l'influence des grosses corporations américaines. Dictateurs ou pas, les oligarques néolibéraux s'en contrefichent, du moment que le marché est libéré. Les considérations propres à ce qui se passe dans le pays pour que les gens acceptent la mainmise de l'économie sur tout leur importent peu, au final.

528458_10200519948297211_1598751463_n

Margaret Thatcher, donc. Je n'ai pas attendu sa mort pour l'affubler de toutes sortes de qualificatifs peu élogieux. Il y a un truc viscéral, ici, que la grande bourgeoisie des "public schools" (à savoir : écoles privées, oui, je sais, le paradoxe britannique) qui mène le pays ne pourra jamais comprendre - David Cameron, "Eton Boy" et ancien d'Oxbridge symbolise bien cela. Faites le test : demandez à un Anglais la première chose qui lui vient à l'esprit quand on parle de Thatcher. De fortes chances qu'il ou elle ne se mette ni à parler de privatisations, ni même du choc économique terrible qu'elle a infligé au pays, pas forcément de la guerre des Malouines ou encore moins de son leg économique. Non. Un Anglais (de plus de trente ans) garde en mémoire que Maggie lui a volé son lait. Pour des raisons de coupes budgétaires, Maggie a en effet décidé que toutes les écoles publiques (qui jusqu'alors donnaient une brique de lait à tous les enfants pour favoriser leur croissance et leur bonne santé, riches et pauvres à égalité) se verraient retirer leurs fonds pour le lait des enfants. Cet exemple illustre encore une fois l'aberration du système néolibéral, où, sous prétexte de coupes budgétaires, on enlève à des enfants quelque chose qui leur est indispensable. Et comme en plus, à l'époque, c'était crise à tout va, chômage, fermetures d'usines, les familles n'avaient pas nécessairement les moyens d'acheter plus de lait. La voleuse. Voilà ce que les Britanniques se rappellent d'elle, et je trouve que cela symbolise assez bien les politiques qu'elle aura menées. Derrière le lait, c'est l'Etat-Providence, dont elle a commencé le démantèlement avec une précision et une brutalité dont Goebbels est probablement jaloux à l'heure actuelle. Tout y est passé, et les conséquences sont mesurables aujourd'hui. La conclusion est sans appel : un système de trains privés POURRI, avec l'Etat qui doit investir de l'argent pour assurer la sécurité des passagers un minimum (vous n'escomptez tout de même pas qu'une compagnie privée dépense pour la sécurité des gens !), et les profits qui vont à la compagnie. Le contribuable qui paye, à la fois le maintien dans un état calamiteux mais tout juste acceptable des voies ferrées, et des billets de train dont les prix crèvent le plafond pour des machines des années 80 (l'époque Thatcher, donc) qui tombent en morceaux. Je prends le train assez souvent, donc des anecdotes, j'en ai plein, mais de ce qui m'aura le plus marquée, je ne sais pas si je puis choisir entre la pluie DANS le train ou les lumières de certains wagons qui s'éteignent et se rallument (probablement un rat dans le circuit électrique) sans raison apparente. De nuit. Et des Britanniques assis, résignés à cet état de fait comme à une fatalité, ne discutant même pas de cette panne d'électricité. On attend que la lumière revienne sans un soupir d'énervement. Voyez, comment Maggie les a disciplinés ?

Ceci dit, qu'elle soit morte ne change absolument rien ni à la situation politique présente ni au fait qu'aucune gauche digne de ce nom ne s'est élevée contre le leg de l'Iron Lady. Après son départ *précipité* du 10 Downing Street, ceux qui lui ont succédé, à gauche comme à droite, ont continué avec acharnement son travail de sape du Welfare State, né ici, comme en France, du grand désastre de la Seconde Guerre Mondiale. Le parti travailliste anglais, membre de la IIème internationale comme son homologue français, partisan du consensus TINA ("There Is no Alternative" - au Capitalisme), n'a non seulement rien fait pour revenir sur les réformes qu'elle a impulsées, mais a continué sur cette voie. Ici, plus personne n'a d'illusions sur le fait que la gauche travailliste et les tories, c'est bonnet blanc et blanc bonnet. Bienvenue dans l'ère du bipartisme triomphant, avec, qui que ce soit pour qui que vous votiez, la même politique à la clé ! Donc bref, elle a clamsé, mais c'est pas pour ça qu'elle aura emporté en enfer avec elle ses idées abjectes selon lesquelles (attention citations) :

- "Il n'existe rien de tel qu'une société, uniquement des individus"

- les mineurs en grève représentaient un "ennemi de l'intérieur", à mettre en parallèle avec l'ennemi "de l'extérieur" (pendant la guerre des Malouines)

- "Nous sommes sur le bon chemin qui va débarrasser la Grande-Bretagne du socialisme"...

Je vous laisse faire vos recherches, rien que ces trois-là j'ai déjà envie de vomir. Ce socialisme maudit, oui, et le gouvernement de Cameron, qui n'hésite pas à pleurer la défunte, vient de faire passer sa bedroom tax, d'enlever l'allocation handicapé à 300 000 personnes et de privatiser (pour de bon) la Sécurité Sociale... et de réduire les impôts pour les très riches, vient d'ajouter sa pierre à l'édifice. Si le socialisme, c'est du lait dans les écoles et un système de santé public, alors je ne vois pas le problème. Mais décidément, nos solfériniens n'ont pas la même définition de socialisme ^^ L'idéologie reste toujours vivante, et son empreinte terrible. Les dirigeants n'ont pas honte de se réclamer de cette criminelle de guerre, de celle qui usa du système public pour arriver là où elle arriva et tout démolir à coups de matraques, qui soutint des dictateurs et laissa des gens mourir de faim, ça en dit long sur la voie qu'ils ont choisie.

Ceci dit, même si je suis terriblement déçue qu'elle soit morte dans son lit (politiquement parlant, j'eus mieux aimé que son héritage fût démonté par une gauche digne de ce nom, mais même eux sont toujours tétanisés de ce qu'elle a fait aux mineurs), l'argent qu'elle avait ne lui aura pas permis de vivre plus longtemps que quelqu'un d'autre. Malgré cette loi qu'elle fit passer avant de partir pour augmenter la pension des anciens Premiers Ministres (et ça se joue à des MILLIONS de Livres Sterling, hein, pas trois cacahuètes), malgré ses victoires sanglantes et son appartenance au camp des puissants, elle ne sera pas morte avec plus de dignité que Bobby Sands. Il y a bien une chose que les considérations toutes relatives de pouvoir et d'argent ne pourront jamais corrompre : la Suprême Loi de la Nature, qui reprend son dû quand l'heure arrive. Et cette victoire-là, Maggie, vous ne l'aurez pas. La justice, toujours, reprend ses droits. Tout comme la vérité. Et la vérité aujourd'hui, c'est que, loin d'avoir une nation en deuil, on célèbre la mort de Thatcher comme la mort d'un tyran. Dans les rues, dans les maisons, il y a, dans le désastre et le chaos ambiant qu'elle aura créé, un parfum de liberté qui flotte, qui nous met le sourire aux lèvres et le sentiment qu'un ennemi de l'intérêt général s'en est allé.

Néanmoins, il convient de ne pas oublier que Thatcher morte, ses idées sont, hélas, bien vivantes et toujours désastreuses sur le plan humain. Qui sait, peut-être que le soleil, qui a décidé de repoindre hier après des mois de neige, augure quelque brillant avenir. Mais il va falloir se battre.

05 avril 2013

"Du Balai !"

C'est un séisme majeur qui secoue la Vème République, et nos dirigeants semblent vouloir croire que tout sera encore comme avant.

Le Cas-Huzac est le domino qui va faire tomber toute la chaîne. Ca a d'ores et déjà commencé : vu que la tapisserie de mensonges qui a été tissée par l'oligarchie en place prend feu, ils ont tenté de sauver les meubles à coups de "je-me-tais-sur-ton-affaire-Cahuzac-si-tu-la-fermes-sur-l'affaire-Bettencourt" dans ce jeu où tout le monde se tient par la barbichette et se regarde bien droit dans les yeux en oubliant qu'ils se tiennent tous en équilibre. C'est jouissif ce qui est en train de se produire. Pas pour le chaos que cela va créer, mais parce qu'enfin, la vérité éclate au grand jour, et le roi, les princes et la Cour, tous sont nus. Le peuple, abasourdi de voir que les atours moraux de leurs dirigeants n'étaient qu'une illusion, a vu, dans un grand éclat de Lumière, la pourriture, la corruption, les beaux principes mangés par les vers derrière les masques tombés à terre.

Mais quoi ?! Qu'ouis-je ? Sire Cahuzac, ami proche, camarade, se laisserait-on aller à dire, de GUDards ? Le même GUD, ce groupuscule d'extrême-droite connu pour ses attaques physiques à l'encontre de gens qui ne pensent pas comme eux ou n'ont pas l'heur d'être de la même couleur de peau ? Sa Majesté l'ex-ministre des finances aurait eu son compte en banque ouvert par un proche de Marine Le Pen ? Un PS qui le couvrait ? L'UMP au courant depuis des mois ? Mais vous n'y pensez pas, ma bonne dame, allons ! Si c'était le cas, cela signifierait que la Cinquième République est pourrie jusqu'à son coeur ! Comment cela, d'autres dominos sont en train de tomber ? Que dites-vous ? Un médecin aux accointances douteuses qui s'est fait du blé dans des circonstances encore plus douteuses, nommé tout de même ministre du Budget ? 

Et pendant ce temps, Sa Majesté (prononcer "François Croix-V-Bâton"), réfugié à Versa... euh, Tulle, exhorte à la moralité, sans prendre les mesures d'urgence nécessaires à résoudre cette situation infâmante !

Et qu'est-ce qu'on vous avait dit ? "Epargnez-vous des souffrances, votez pour convoquer la Constituante". Mais non, on a été "raisonnables", on est allés voter pour le président "normal", pas pour le "trublion" aux "dérapages verbaux bien connus" (sic - citation : France Inter, journal de 13 heures...). Figurez-vous que le même trublion, il y a un an, parlait déjà de l'état de décomposition avancée de la Cinquième, notre "monarchie présidentielle" bien de chez nous. Et figurez-vous que les événements se passent comme on l'avait prédit. Et qu'en lieu et place de fustiger les corrompus, les stipendiés, les camarades de vélo des néo-fascistes, nos oligarques ne trouvent rien de mieux à faire que de dénoncer nos "méthodes". Eh quoi ? A l'ignominie de la situation nous devrions leur faire l'heur d'y ajouter notre acceptation ? Comme ça, sans rien dire ! C'est bon, les amis : le Roi du Groland a appelé au calme et à la moralisation, on range les piques et les fourches ! Vous me remettrez ces bonnets phrygiens au placard, à côté de votre drapeau rouge qu'on ne veut pas voir, parce que vous comprenez, au Parti Socialiste, on n'a jamais cru à la lutte des classes - et c'est Cahuzac qui le dit ! Pépère a la situation en main. Comment ça on ne compte voter aucune loi ni faire de réunions d'urgence pour préparer des solutions ? Ecoutez : à la place du débat sur la refonte de notre république, j'entends le silence de l'Assemblée Nationale pendant le vote de l'Accord Medef... La droite et sa droite, les solfériniens pourris jusqu'à l'os, tous ont baissé la tête devant Madame Parisot et signent, avec cet accord, la résignation à la pensée Cahuzesque. Attendez, qu'ouis-je ? Quelques clameurs qui montent, vers la gauche de la gauche et les 4500 amendements que les députés Front de Gauche ont déposés... pour tenter de faire barrage à ce qui marquera l'histoire du socialisme du rouge de la honte.

Oui ce sont eux qu'on entend ! Les têtes de pioche qui n'acceptent pas de se faire bâillonner sur un ton paternaliste par une classe de pourris ! Les oiseaux de mauvais augure qui prédisaient l'orage quand les nuages déjà s'amoncelaient pendant que les autres sirotaient des cocktails sous leurs implants capillaires. Et ils ne nous feront pas plus taire aujourd'hui qu'hier ! Les circonstances montrent qu'on a eu raison de ne pas accepter leurs pactes. Qui tient à garder sa tête doit garder son intégrité. Tôt ou tard, la vérité accouche, et plus la gestation a été longue, plus elle arrive dans la douleur en emportant tout sur son passage. Pas sûr que la Cinquième survive à la présentation à la face du monde des travers qu'elle a enfantés.

Les bonnets phrygiens au placard ? Que nenni, et remettez-nous un peu de "ça ira". Le cinq mai, jour anniversaire de l'ouverture des Etats-Généraux en 1789, je serai à la marche citoyenne pour la Sixième République. J'attends que nous soyons nombreux. Que tous ceux qui me lisent et qui entendent le grondement de l'édifice qui s'effondre, se mettent en marche. Pour qu'enfin les puissants qui nous accusent de "créer une atmosphère des années trente" regardent bien en face le produit de leur système fracassé : nous ne sommes pas de ceux qui allumèrent l'incendie. Nous, nous crions "au feu !" pour que tout le monde se réveille et participe au sauvetage. L'atmosphère des années trente, c'est eux qui l'ont créée ! Nous, on essaye d'éviter que ça tourne au désastre comme à la fin de cette décennie brutale-là.

A vous de voir. Peut-être que dans l'après-midi du 5 mai, un valet viendra réveiller Pépère pendant sa sieste et lui dire : "Sire, sire, le peuple est devant l'Assemblée Nationale et ne veut en sortir que quand on lui aura promis une Constituante". Et le bon vieux roi, "simple au milieu du faste", ou, devrais-je dire, seul normal au milieu des corrompus (permettez-moi d'en douter) de répondre : "Quoi ? Mais, c'est une révolte ?!". Et peut-être que le sbire répondra : "Non, Monsieur le Président, c'est une Révolution Citoyenne. Maintenant, tu m'excuses, camarades, mais je me casse et je vais participer au débat. T'as qu'à t'acheter un réveil si tu veux pas manquer la marche de l'Histoire."

 

28 mars 2013

Convoquons le poète

Je partage ici avec vous un poème de Wystan Hugh Auden, qu'il écrivit au cours de son expérience dans la guerre civile espagnole. Je l'ai cité dans mon mémoire, en songeant qu'il avait comme un parfum d'époque, et que ce qui s'appliquait pour la guerre civile espagnole s'applique aujourd'hui : l'impuissance de la social-démocratie, la perte de repères, le sentiment d'un monde au bord du gouffre, hier, "la croyance dans la valeur absolue du Grec", hier, un passé révolu et auquel s'accrochent les dirigeants. Je l'ai également cité pour sa valeur romantique, caractéristique des poètes anglais engagés qui en appelaient au fantôme de Lord Byron et des Romantiques. Ca n'est pas pour rien que le monument londonien aux Brigades Internationales soit gravé d'une citation de Byron.
Ceci dit, le romantisme ici le dispute à la lucidité sur la gravité du moment : si le passé s'effondre, le romantisme, les heures passées à s'émerveiller de la Nature et des choses simples ne peuvent trouver leur accomplissement que dans le combat quotidien pour l'Idéal. Nous aurons bien le temps, demain, de "redécouvrir l'amour romantique", de "photographier les corbeaux", de trouver le plaisir dans l'accomplissement de soi "sous l'ombre maîtresse de la Liberté" ; aujourd'hui, le combat. 
Les poètes anglais des années trente avaient bien compris l'enjeu de ce qui se déroulait en Espagne alors, et la nécessité du moment qui nous fait reporter la jouissance pleine d'une vie paisible et simple à demain. Si l'extrême-droite n'était pas vaincue, alors il n'y aurait de lendemains romantiques pour personne.
Ce poème est une expression extraordinaire du sentiment de ceux qui se sentent dans une période charnière, où l'ordre classique, l'ancien, s'écroule, et où, pour pouvoir espérer voir des lendemains qui chantent, il est requis de tous de se jeter dans la grande bataille pour l'Idéal. Au fond, tout ce qu'Auden écrivait il y a presque un siècle est à nouveau à l'ordre du jour. 
Le poète ne parle qu'à ceux qui veulent l'entendre, mais, assis sur un tapis de mousse, avec les étoiles et la Lune pour conseillères, il faut bien admettre qu'il a souvent raison. Gloire au romantisme, gloire aux poètes, et gloire à ceux qui luttent !
"O my vision. O send me the luck of the sailor"!
 
 
"Spain"
 
Yesterday all the past. The language of size
Spreading to China along the trade-routes; the diffusion
Of the counting-frame and the cromlech;
Yesterday the shadow-reckoning in the sunny climates.

Yesterday the assessment of insurance by cards,
The divination of water; yesterday the invention
Of cartwheels and clocks, the taming of
Horses. Yesterday the bustling world of the navigators.

Yesterday the abolition of fairies and giants,
the fortress like a motionless eagle eyeing the valley,
the chapel built in the forest;
Yesterday the carving of angels and alarming gargoyles;

The trial of heretics among the columns of stone;
Yesterday the theological feuds in the taverns
And the miraculous cure at the fountain;
Yesterday the Sabbath of witches; but to-day the struggle

Yesterday the installation of dynamos and turbines,
The construction of railways in the colonial desert;
Yesterday the classic lecture
On the origin of Mankind. But to-day the struggle.

Yesterday the belief in the absolute value of Greek,
The fall of the curtain upon the death of a hero;
Yesterday the prayer to the sunset
And the adoration of madmen. but to-day the struggle.

As the poet whispers, startled among the pines,
Or where the loose waterfall sings compact, or upright
On the crag by the leaning tower:
"O my vision. O send me the luck of the sailor."

And the investigator peers through his instruments
At the inhuman provinces, the virile bacillus
Or enormous Jupiter finished:
"But the lives of my friends. I inquire. I inquire."

And the poor in their fireless lodgings, dropping the sheets
Of the evening paper: "Our day is our loss. O show us
History the operator, the
Organiser. Time the refreshing river."

And the nations combine each cry, invoking the life
That shapes the individual belly and orders
The private nocturnal terror:
"Did you not found the city state of the sponge,

"Raise the vast military empires of the shark
And the tiger, establish the robin's plucky canton?
Intervene. O descend as a dove or
A furious papa or a mild engineer, but descend."

And the life, if it answers at all, replied from the heart
And the eyes and the lungs, from the shops and squares of the city
"O no, I am not the mover;
Not to-day; not to you. To you, I'm the

"Yes-man, the bar-companion, the easily-duped;
I am whatever you do. I am your vow to be
Good, your humorous story.
I am your business voice. I am your marriage.

"What's your proposal? To build the just city? I will.
I agree. Or is it the suicide pact, the romantic
Death? Very well, I accept, for
I am your choice, your decision. Yes, I am Spain."

Many have heard it on remote peninsulas,
On sleepy plains, in the aberrant fishermen's islands
Or the corrupt heart of the city.
Have heard and migrated like gulls or the seeds of a flower.

They clung like burrs to the long expresses that lurch
Through the unjust lands, through the night, through the alpine tunnel;
They floated over the oceans;
They walked the passes. All presented their lives.

On that arid square, that fragment nipped off from hot
Africa, soldered so crudely to inventive Europe;
On that tableland scored by rivers,
Our thoughts have bodies; the menacing shapes of our fever

Are precise and alive. For the fears which made us respond
To the medicine ad, and the brochure of winter cruises
Have become invading battalions;
And our faces, the institute-face, the chain-store, the ruin

Are projecting their greed as the firing squad and the bomb.
Madrid is the heart. Our moments of tenderness blossom
As the ambulance and the sandbag;
Our hours of friendship into a people's army.

To-morrow, perhaps the future. The research on fatigue
And the movements of packers; the gradual exploring of all the
Octaves of radiation;
To-morrow the enlarging of consciousness by diet and breathing.

To-morrow the rediscovery of romantic love,
the photographing of ravens; all the fun under
Liberty's masterful shadow;
To-morrow the hour of the pageant-master and the musician,

The beautiful roar of the chorus under the dome;
To-morrow the exchanging of tips on the breeding of terriers,
The eager election of chairmen
By the sudden forest of hands. But to-day the struggle.

To-morrow for the young the poets exploding like bombs,
The walks by the lake, the weeks of perfect communion;
To-morrow the bicycle races
Through the suburbs on summer evenings. But to-day the struggle.

To-day the deliberate increase in the chances of death,
The consious acceptance of guilt in the necessary murder;
To-day the expending of powers
On the flat ephemeral pamphlet and the boring meeting.

To-day the makeshift consolations: the shared cigarette,
The cards in the candlelit barn, and the scraping concert,
The masculine jokes; to-day the
Fumbled and unsatisfactory embrace before hurting.

The stars are dead. The animals will not look.
We are left alone with our day, and the time is short, and
History to the defeated
May say Alas but cannot help nor pardon.
 

International_brigade_memorial

Monument aux Brigades Internationales, Londres.

La citation de Byron qui en orne le côté droit est la suivante : Yet freedom! Yet thy banner, torn, but flying, streams like the thunder-storm against the wind.


27 mars 2013

De Retour de Congrès

Rentrée depuis déjà deux jours du fameux Congrès de Bordeaux et j'ai l'impression de ne toujours pas avoir récupéré mon énergie. Il faut dire qu'un Congrès, c'est intellectuellement éprouvant à la base, mais quand on conjugue un travail de déléguée pour un Comité des Français de l'Etranger à une tâche d'interprète, le corps doit restaurer son content d'adrénaline, qui vous a permis de tenir trois jours avec 7 heures de sommeil dans les pattes en tout. Résultat, je suis encore un zombie, et Gmail sonne sans arrêt pour me notifier d'un énième courriel de la plus haute importance auquel il faut que je réponde, ou, qu'au moins, je lise en pleine possession de mes facultés. Du mal à récupérer, donc : trois jours de travail intense, en plénière, en ruche, ou en off, trois jours de débat ininterrompu, même à table, même dans le tram et le bus du retour à 1h du matin, et des aller-retours vers les cabines de traduction pour jouer les interprètes professionnels alors qu'on se sent tout petit et si inexpérimenté, ça fatigue. Et pour cause, ce Congrès fut pour moi l'épreuve du feu, et notamment en traduction – je n'ai, bien qu'ayant exercé le travail du traducteur en diverses occasions, jamais joué le rôle de l'interprète qui traduit en direct le discours pour les innombrables invités de la délégation internationale : comme première expérience, on m'a jetée dans le chaudron, invitée à traduire un discours de Jean-Luc Mélenchon dans le micro comme une grande, et je dois vous dire que cela fait tout drôle. Comme première expérience, on a vu plus facile que les envolées lyriques, les phrases de 5 minutes aux incises dont vous perdez petit à petit le compte, et les références républicaines intraduisibles sans se lancer dans un cours d'histoire. Les citations de Robespierre et de Trotsky ne m'ont toutefois pas échappé, celles qu'il a citées faisaient déjà partie de mon répertoire et j'avais donc eu tout le temps d'en faire part à mes amis anglais. Au final, tout ça, c'est du terrain connu. Tout s'est bien déroulé malgré la pression évidente à laquelle vous vous sentez soumis – mais dont, au final, vous vous rendez compte que vous vous la mettez toute seule, parce que ça n'aurait pas pu mieux se passer.

Hormis ces conditions linguistiques, le Congrès s'est déroulé sous les auspices d'un débat houleux et forcément productif. De la camaraderie, certes, mais aussi une confrontation intellectuelle permanente, qui n'a rien à voir avec des conflits de personnes et qui se tient au grand fil de la recherche de l'intérêt général et de la démocratie. J'apprends énormément sur le monde, sur l'interaction sociale, je me découvre des audaces que je ne soupçonnais pas et je me rends petit à petit compte que tout ce que je fais depuis que je suis enfant, c'est tenter de rationaliser, en lui trouvant des solutions, l'indignation qui me dévore devant l'injustice. Nous sommes un parti de têtes dures, nous sommes ceux qui cassent les pieds à tout le monde en lançant la politique sur la table au déjeûner du dimanche, ceux qui ne laissent pas passer les ignominies en baissant la tête. Alors, forcément, il y a du débat, d'autant plus que nous venons tous de formations différentes – des anciens du PS, des Verts, du NPA (enfin, la LCR dans mon cas), des décroissants, des féministes, et beaucoup, beaucoup d'apolitiques qui avaient perdu foi en leurs candidats. Tout le monde est accueilli à bras ouverts et encouragé à venir se jeter à corps perdu dans la grande arène des idées, et toute tentative de hiérarchisation ou de contrôle donne lieu à l'indignation de 80% d'insurgés qui, fidèles à toute leur tradition de gauche, remettent en permanence l'ordre établi en question. Qu'il est délicieux de voir tout le monde se débattre contre la fixation intellectuelle de l'Idéal, débattre avec sa tête pour gouvernail et son coeur pour boussole, puis de prendre ses responsabilités de citoyen et de s'impliquer ! Non, nous ne sommes pas tous d'accord, et c'est par la confrontation que naissent les idées nouvelles, celles qui convergent vers le but beaucoup plus grand que nous de la Révolution Citoyenne ! Le consensus, c'est l'argument des lâches, de ceux qui ne veulent pas admettre que c'est en regardant vers l'horizon, dussions-nous être seuls face à l'opprobre et à la calomnie généralisée, que les choses avancent, pas par l'acceptation bête et moutonne de l'ordre établi. « Voilà pourquoi je hais les indifférents » - Mélenchon a cité Gramsci dans son discours de clôture, et rien n'aurait pu m'agréer plus, parce que Gramsci en son temps a pointé du doigt l'ineptie de la pensée unique et la dangerosité de l'indifférence. C'est la conscience qui fait le citoyen, et pour être conscient, il faut penser, confronter les points de vue – le processus dialectique, on y revient toujours. Rien n'aurait pu m'agréer plus que Gramsci, si ce n'est sa conclusion, au cours de laquelle il convia le fantôme de Saint-Just, esprit éclairé s'il en est, lui aussi le regard sur l'horizon au mépris des basses considérations manoeuvrières. Il est des gens qui ne sont pas mus, ni émus le moins du monde, par des considérations de personnes, qui ne critiquent pas une personne pour ce qu'elle est, mais qui placent l'affrontement sur le terrain des idées et pas des caractéristiques de l'être humain en tant que tel. Je suis ravie que notre parti se revendique de l'Incorruptible et de l'Archange de la Révolution qui, sans tomber dans l'idolâtrie (qui est encore une fois une affaire de personne), leur reconnaît ce que la postérité refuse de voir : leur capacité à penser les choses dans le système du Tout ; l'intérêt général au-dessus de l'intérêt personnel et individuel, l'Egalité, condition nécessaire à l'accomplissement de la Liberté.

Ce qui m'amène à mentionner ici la ridicule controverse sur l'antisémitisme présumé de Jean-Luc Mélenchon, qui serait risible si le grotesque ne le disputait pas à la gravité de l'accusation. L'AFP qui rapporte des propos erronés, et qui, même mal transcrits, ne traduisaient en rien une accusation d'ordre religieux. Camarades socialistes, il a passé 30 ans à vos côtés, n'allez pas dire que vous y croyiez vraiment lorsque vous avez lancé les missiles, pour faire croire à une équation FN=FdG ! Les pleutres ! Ils n'ont plus rien à se mettre sous la dent et se permettent de relayer des informations fausses et complètement absurdes ! Je ne passe pas plus longtemps sur le sujet, c'est insupportable de voir notre mouvement réduit à ça... alors qu'il est tellement plus grand !

Quand vous croyez tout voué à l'échec, il y a toujours un camarade pour allumer la lumière et vous rappeler de ne pas perdre de vue, que le PG, ça n'est pas des querelles sur la forme, c'est l'Amour et l'Humanité profonde, la vie, l'indignation consciente qui cognent dans le cœur de chacun, ce sont les vers cités en meeting, la poésie ramenée dans le champ politique, la recherche de ce qui luit au loin dans les ténèbres, cette émotion qui plane, fraternelle, et qui nous tire des larmes quand quelqu'un mentionne la République Espagnole éhontément piétinée par l'extrême-droite et achevée par la « neutralité » des soi-disant démocraties ; ce sont tous ces militants émus aux larmes devant le témoignage des salariés en lutte, prêts à les défendre sans aucune hésitation, les sanglots à l'écoute de la lettre écrite par la femme de Chokri Belaïd, tribun du peuple sauvagement assassiné par ses détracteurs, toutes ces âmes qui chantent "Grandôla, Vila Morena", brandissant un oeillet rouge. Voilà, c'est ça, le Parti de Gauche.

Mais la lucidité parfois reprend le dessus, et il faut bien admettre que cela s'est souvent mal fini pour ceux qui croyaient en la loyauté des ennemis et qui pensaient que tout le monde avait un sens de l'honneur dans le combat aussi développé qu'eux. Nous assistons à une campagne de propagande et de tentatives d'écrasement éhontées de tous côtés. Alors, dans ces cas-là, il ne reste qu'à parler haut et fort, à se faire tous les tribuns du peuple (au sens babouvien), et à ne pas hésiter à dégainer les poignards de la connaissance face aux chars de la bêtise. Et qu'importe si cela bouscule leur petit monde, comme l'a dit un jour un grand homme : « si vous nous empêchez de rêver, nous vous empêcherons de dormir ! »

Un grand merci à tous ceux qui ont fait de cet événement un important moment d'ébullition intellectuelle, à tous ceux qui ne lâchent rien, et bien entendu à l'ami F. qui m'a offert un toit à Bordeaux pour ces trois jours et qui se reconnaîtra.

Je retourne dormir.